CRITIQUE – Film de science-fiction bigarré, oeuvre démesurée du démiurge Luc Besson, Valérian et la Cité des mille planètes offre un spectacle fou. Mais l’impression de gâchis laisse un goût amer.

En tournant enfin son adaptation de Valérian, BD de Christin et Mézières qui égayait son enfance, et qui lui trottait dans la tête depuis plus de 20 ans, Luc Besson a rejoint la liste des grands cinéastes ayant réussi à réaliser (au propre comme au figuré) leur rêve. Martin Scorsese a mis 40 ans à réaliser le sublime Silence ; Terry Gilliam a terminé le tournage de son Don Quichotte maudit 17 ans après les premières prises ; James Cameron a concrétisé Avatar plus de 15 ans après avoir écrit le premier script… La liste, prestigieuse, classe Besson parmi les visionnaires du 7ème art.

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Il faut dire que le projet Valérian est pharaonique, et Besson n’a cessé de le rappeler depuis la mise en chantier du film en 2015, jusqu’aux interviews promotionnelles (intéressant d’ailleurs de noter que c’est lui qui est invité partout, pas les acteurs). Tourné intégralement en France à la Cité du cinéma de Besson avec un budget de 197 millions d’euros, Valérian est le film le plus cher de l’histoire du cinéma français et européen.

Quand on suscite autant d’attentes, il n’est jamais évident d’être à la hauteur derrière. Et force est de constater qu’au vu du résultat final, Luc Besson s’est pris les pieds dans le tapis. A la fois producteur, réalisateur et scénariste, le cinéaste démiurge n’a pas su faire les choix qui s’imposaient, livrant un film époustouflant certes, mais aussi boursouflé. Ce n’est pas sans rappeler l’omnipotence de George Lucas sur la seconde trilogie Star Wars.

De la science-fiction délirante

Pourtant, Valérian et la Cité des mille planètes démarre fort. Après un prologue ingénieux, la première heure offre un spectacle visuel hallucinant, véritable enchantement de science-fiction « freak », bizarroïde et polymorphe. C’est un festival de décors foisonnants et de créatures bigarrées qui culmine dans la séquence dingue du « Big Market », un marché accessible grâce à un casque de réalité virtuelle, théâtre d’un casse sur deux niveaux de réalité. C’est du jamais-vu et déjà l’un des plus grands moments de cinéma de l’année.

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Cette séquence permet également à Besson d’introduire Valérian et Laureline, deux agents spatio-temporels du XXVIIIe siècle. Malheureusement, dans cet univers fourmillant, les héros sont un peu transparents. C’est Cara Delevingne qui s’en sort le mieux. Sa moue boudeuse et son caractère bien trempé font de Laureline une mémorable héroïne de science-fiction. En revanche, le choix de Dane DeHaan pour incarner Valérian est un mystère. Trop jeune d’apparence, pas assez charismatique, DeHaan passe complètement à côté. Résultat, le héros du film semble en permanence dépassé par les événements, jamais dans le rythme de l’action et de l’humour.

Un scénario convenu

Tant que l’émerveillement face aux décors prend le pas sur les héros, la magie opère. Mais l’arrivée de Valérian et Laureline sur Alpha – la Cité des mille planètes du titre, centre technologique et culturel de la galaxie, fige quelque peu le cadre. L’aspect gentiment foutraque du début laisse place à une intrigue plus linéaire, en l’occurence la mission des héros qui mêle génocide passé d’un peuple pacifiste et destruction imminente de la planète Alpha.

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Transformé en film d’aventure convenu, Valérian perd toute sa saveur. On ne se passionne ni pour les héros, ni pour leur mission. Ce n’est pas mauvais, juste banal. Sauf qu’on attend de Besson l’inattendu. Il vient par instants, comme avec le numéro de cabaret transformiste de Rihanna, autre grand moment de cinéma. Mais, à l’instar des autres personnages secondaires (Ethan Hawke gâché, Alain Chabat évacué), elle est sacrifiée pour laisser toute la place à Valérian et Laureline.

Quatre films en un

Pendant le dernier tiers du film, on se contente donc de suivre le duo, lancé à toute allure dans sa mission. C’est l’autre gros problème de Valérian : le rythme. Ça va vite. Trop. Alors qu’on nous vend à l’arrivée sur Alpha, un monde immense, avec différentes zones à découvrir, Valérian fait le tour de la planète en une séquence, certes visuellement folle, mais qui ne dure qu’une minute. Sur Alpha, les personnages ne font que traverser les décors, sans que le spectateur ait le temps d’admirer pleinement la richesse du film.

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Sauf que, paradoxalement, le film est long (2h18), trop long. La faute au remplissage de l’intrigue. Il y a au moins trois ou quatre histoires distinctes dans Valérian, pour presque autant de films possibles. Probablement désireux d’en montrer le plus possible pour convaincre du bien-fondé de lancer une saga, Besson tasse toutes ces histoires en une seule trame. A cause des détours nécessaires pour relier les fils de l’intrigue, le dénouement tarde à venir. Un dégraissage de 15 à 20 minutes n’aurait pas été superflu.

Besson réalisateur > Besson scénariste

Valérian confirme donc que Besson est meilleur réalisateur que scénariste. De l’emploi trop facile de Space Oddity de Bowie pour le montage inaugural au lénifiant discours final de Laureline sur le pouvoir de l’amour, Valérian est parsemé de clichés et de facilités d’écriture déconcertantes. Et que dire de la tendance irritante qu’a Besson à toujours expliquer chaque virage ou « twist » (avec des gros guillemets tant l’intrigue est prévisible) de son scénario. C’est d’autant plus énervant que c’est fait sans la moindre subtilité, à base de flash-backs d’images déjà vues, plaquées sur l’écran sans crier gare.

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Tout cela laisse donc un sentiment de gâchis. Valérian aurait pu être un très grand film, une référence du cinéma de SF. C’est finalement un film juste plaisant. Cela n’empêche pas de saluer le talent indéniable, mais trop souvent nié (surtout en France), de Luc Besson, qui parvient malgré tout à donner vie à un univers extrêmement riche. Plat et convenu sur le fond, Valérian est autant inventif et ambitieux sur la forme. Alors, pour avoir tenté, comme très souvent dans votre carrière, de faire un film différent, merci Monsieur Besson.

Valérian et la Cité des mille planètes, de Luc Besson (2h18). Avec Dane DeHaan, Cara Delevingne, Clive Owen, Ethan Hawke, Rihanna, Aymeline Valade, Pauline Hoarau…

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