A l’occasion de la sortie de Valérian et la Cité des Mille Planètes, j’ai écrit une lettre à Luc Besson, réalisateur le plus clivant du cinéma français.

Cher Luc Besson,

Maintenant que l’excitation, positive et négative, autour de Valérian est retombée, je me suis dit qu’il fallait que je vous parle. Depuis que votre projet démesuré de space-opera a débarqué dans les salles obscures, on vous a vu partout. On a commenté ici, le budget pharaonique de votre dernier bébé (197 millions quand même), là, le flop au box-office américain, et un peu plus loin, votre place dans l’industrie cinématographique française.

On en a pris l’habitude, vous êtes une personnalité clivante Luc. Les avis sur Valérian n’échappent pas à la règle : on (vous) aime ou on (vous) déteste. Ce qui a donné lieu à des critiques dithyrambiques d’un côté (Le Figaro, Le JDD et même… Télérama !) et à des tacles les deux pieds décollés de l’autre (Le Monde et plus encore Libération).

Luc Besson 2
Luc Besson, on l’aime ou on le déteste

Je ne m’étends pas sur ce que j’en ai pensé personnellement, je l’ai déjà fait dans un précédent post. Luc, si le coeur vous en dit, vous pouvez aller jeter un oeil à mon avis sur Valérian ici. Pour faire court, disons que je n’ai que moyennement aimé le film, incontestablement somptueux mais malheureusement écrit avec trop de facilités. Je rejoins une bonne partie des spectateurs, éblouie par les effets visuels mais déçue par le scénario trop convenu.

Pour résumer leur avis sur Valérian, beaucoup disent : « C’est un Besson quoi ». Une sentence, ostensiblement péjorative, que tout le monde semble comprendre mais dont j’ai du mal à percevoir le sens. Elle sous-entend que vous réalisez toujours les mêmes films. Difficile pourtant de faire plus opposés que The Lady et Le Cinquième Élément, que Le Grand Bleu et Arthur et les Minimoys.

Luc Besson Le Cinquième Element
Sur le tournage du « Cinquième Élément »

Je précise, pour vous ainsi que pour les autres lecteurs, que je ne suis pas un de vos fanboys Luc. Né en 1993, je ne fais pas partie de la génération qui a grandi avec vos films. Pour être tout à fait honnête, je vous aime vous plus que vos films d’ailleurs. Pour un Léon gravé dans ma mémoire, il y a une Nikita que j’ai vite oublié. Pour un Cinquième Élément qui a bouleversé ma conception du cinéma, il y a un Malavita qui m’a fait de la peine. Et puisqu’on en est aux confessions, j’avoue, je n’ai pas vu Subway, Angel-A et Jeanne d’Arc.

Ce sont mes parents qui vous ont amené à moi. C’était le 13 décembre 2006, le jour de mes 13 ans. Vous veniez d’adapter le premier tome d’Arthur et les Minimoys, une des sagas littéraires de mon enfance. Je ne vous connaissais pas du tout mais j’avais vraiment aimé le film, que j’étais allé voir dès le premier jour. Alors mes parents m’ont dit : « Les dessins animés c’est sympa, mais il faut que tu voies les ‘vrais’ films de de Besson, au moins Le Grand Bleu et Le Cinquième Élément ». Je me suis donc attelé à remonter le fil de votre filmographie.

Arthur et les Minimoys
« Arthur et les Minimoys », porte d’entrée enfantine dans le cinéma de Besson

Comme dit plus haut, j’en ai adoré certains et laissé d’autres au bord de ma route cinéphilique. Je vais être franc Luc : vous ne faîtes pas partie de mes réalisateurs favoris. Mais vous m’êtes familier. Ça me rassure d’entendre de vos nouvelles de temps en temps. Surtout, je tire une certain fierté en entendant votre nom cité en référence dans des talks, podcasts et vidéos Youtube américaines sur le cinéma. « Avec Luc Besson, que le film soit bon ou mauvais, il est toujours intéressant », résume ainsi les Screen Junkies.

C’est d’ailleurs ce que je n’ai jamais compris concernant les critiques qui vous visent. Une poignée de détracteurs acharnés vous reproche d’avoir américanisé le cinéma français, d’abord comme réalisateur, puis comme producteur à la tête d’EuropaCorp. Là encore, c’est péjoratif sans en avoir l’air. Quelle arrogance de penser que le cinéma français serait plus pur que l’industrie hollywoodienne. Ils doivent se sentir bien seuls quand 13 de vos 17 films ont dépassé le million d’entrées. Mieux, 8 (bientôt 9 avec Valérian) sont allés au delà de 3 millions de tickets vendus.

Le Grand Bleu
« Le Grand Bleu », plus grand succès de Besson en France avec 9 millions d’entrées

Mais au-delà des chiffres, votre contribution au cinéma est aussi artistique. Vous pouvez vous enorgueillir d’avoir décelé le premier le talent de Natalie Portman, d’avoir su tirer le meilleur de Jean Reno et Milla Jovovich, d’avoir montré au monde une facette ambitieuse du cinéma français et enfin d’avoir offert quelques films cultes à des cinéphiles heureux.

Du passé rétorquent, avec mauvaise foi, vos contempteurs. C’est oublier un peu vite qu’avec Lucy, vous avez érigé Scarlett Johansson en héroïne badass, chose que même Marvel n’a jamais eu le courage de faire. Que les critiques (re)voient aussi Valérian : Cara Delevingne façonne une héroïne mémorable et grâce à vous, Rihanna peut aspirer à mieux que les nanars du style de Battleship. Dans un monde beaucoup trop masculin, vous placez les femmes sur un piédestal.

Luc Besson Léon
Luc Besson et Natalie Portman, 12 ans à l’époque, sur le tournage de « Léon »

Toujours dans le registre de l’américanisation, Luc, on vous compare parfois à Steven Spielberg. Je ne suis pas de cet avis. Spielberg est trop méthodique, trop minutieux. Votre cinéma est plus spontané, quitte à devenir foutraque par moment. Non, pour moi, vous tenez avant tout de George Lucas et vous ressemblez de plus en plus des soeurs Wachowski, trois génies mal-aimés. Je n’ai pu m’empêcher de penser à Jupiter Ascending quand j’ai vu Valérian.

Comme les Wachowski, vous êtes entier, Luc. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Valérian a échoué aux États-Unis, comme l’estime Vulture. Contrairement aux blockbusters actuels, vous n’avez pas embauché de superstars, vous n’avez pas tout misé sur l’humour. Non, vous avez réalisé une aventure spatiale iconoclaste. Vous avez refusé de faire des concessions, de rentrer dans le moule, et tant mieux : on n’avait pas vu de film comme Valérian depuis très longtemps. Un film certes pétri de défauts, mais unique.

Cara Delevingne Valerian
Dans « Valérian », Cara Delevingne/Laureline vole la vedette à Dande DeHaan/Valérian

 

C’est pour cette raison précisément que j’ai martelé mon clavier pendant une semaine, à la recherche des bons mots pour vous écrire Luc. Malgré ma déception et ma frustration en sortant de l’avant-première de Valérian (« Quel gâchis ! », ai-je dit à mon pote), le sentiment d’avoir vu une oeuvre « originale » a fini par l’emporter. A l’heure des blockbusters calibrés, ça fait du bien. Rien que le fait que je pense encore à Valérian après 10 jours veut dire beaucoup.

Je conclus donc cette (longue) lettre par un mot simple : merci Monsieur Besson. Merci, d’avoir encore osé malgré les obstacles. Merci d’explorer à chaque fois de nouveaux horizons. A bientôt pour de nouvelles aventures, spatiales ou non.

Cinéphiliquement vôtre,

Serial Ciner / Clément

Le Cinquième Elément

 

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