CRITIQUE – Conclusion épique et émouvante d’une saga qui n’a jamais faibli, La Planète des Singes : Suprématie est aussi une oeuvre emplie de références filmiques. 

A l’époque des univers étendus, des reboots de reboots et des suites inattendues, voir une saga (ou tout du moins un cycle) se terminer pour de bon a toujours quelque chose d’émouvant. Alors quand, cerise sur le gâteau, c’est réussi, c’est encore plus beau. Ainsi va de La Planète des Singes : Suprématie qui conclut une trilogie de science-fiction magistrale et intelligente de bout en bout.

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Le ton est donné dès l’introduction, divisée en deux séquences. D’abord, l’offensive d’un bataillon de soldats contre une base tenue par les singes dans la forêt. Bien que mieux équipés et aidés par des primates soumis, les hommes, en sous-nombre, sont exterminés. Magnifiquement filmée, la scène n’est pas sans rappeler les face à face boueux de la guerre du Vietnam.

Après cet échec, les militaires décident d’en finir. Un commando, mené par le terrifiant colonel McCullough, s’infiltre en pleine nuit dans le repaire des singes pour tuer César. Le leader des primates survit mais, touché dans sa chair, il se lance dans une vendetta personnelle, à la poursuite du colonel. Dès lors, les enjeux du film sont fixés : l’avenir de la Terre se jouera dans une base militaire enclavée dans la montagne. Le leader qui sera encore debout à l’issue du combat dominera la planète.

Chercher l’humanité dans la guerre

Les Origines (2011) montrait la supériorité intellectuelle des hommes sur les singes. L’Affrontement (2014) plaçait les deux camps sur un pied d’égalité, aussi effrayés l’un que l’autre. Suprématie opère définitivement le renversement de l’humanité. Désormais, ce sont les singes qui aspirent à vivre en famille et surtout en paix. Alors que les hommes sont ramenés à un état quasi-primitif : ce sont des guerriers abrutis par leur volonté de survivre, asservissant les singes prisonniers et s’entretuant à la moindre occasion.

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Pour autant, c’est la guerre et il n’y a ni gentils ni méchants. Chacun a ses motivations qui ressortent lors de l’intense face à face entre César et le colonel McCullough. La quête de vengeance de César lui semble être le meilleur moyen de mettre fin à la guerre mais il n’est pas moins aveuglé par la haine que l’homme qui lui fait face. L’attaque du commando était « un acte de guerre », rappelle le colonel, assenant à un César désemparé : « Tu es trop émotif ».

Duel charismatique

McCullough est cruel, capable d’abattre ses propres soldats mais lui aussi a ses raisons : un virus qui ôte aux hommes leurs attributs humains, à commencer par la parole, se propage. Il cherche simplement à sauver les siens, à faire perdurer l’espèce humaine menacée d’extinction. Bref, comme souvent en temps de guerre, tout est une question de point de vue.

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Sans surprise, Suprématie se place du côté de César. Après deux épisodes où il partageait la vedette avec les humains, le leader des singes est cette fois le pivot du film. Le scénario se focalise sur les contradictions du primate, devenu chef de guerre malgré lui. Séparé de sa tribu, la fragilité de César ressort. Bien que déterminé à protéger les siens, il est hanté par les actions de Koba, le rival violent qu’il a tué. Dans la peau de César, Andy Serkis repousse une nouvelle fois les limites de la performance-capture pour livrer une partition d’une incroyable subtilité émotionnelle.

César et les autres

La stature de César est d’autant plus imposante que les personnages secondaires sont réduits au strict minimum : quelques singes déjà vus dans les précédents films et deux nouveaux. « Mauvais singe », un petit chimpanzé vilain mais rigolo, étrange personnage comique perdu dans la noirceur du film ; et surtout Nova, une petite fille atteinte par la version mutante du virus simiesque qui l’empêche de parler (gros coup de cœur pour la jeune Amiah Miller).

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Fidèle à la maxime d’Hitchcock qui veut que « plus réussi est le méchant, plus réussi est le film », Suprématie accorde tout de même beaucoup de place au colonel McCullough, gourou complètement allumé qui voue une haine féroce aux singes. Crâne rasé et torse massif, Woody Harrelson donne vie à ce soldat halluciné, frère d’une autre mère du colonel Kurtz d’Apocalypse Now.

« Ape-pocalypse Now »

Le chef d’oeuvre de Francis Ford Coppola est d’ailleurs une source d’inspiration majeure (et à peine voilée) de Suprématie. La guerre dans la jungle, le voyage du héros dans un monde ravagé, le colonel fou au crâne rasé, retranché dans sa base avec ses fidèles : tout y est, jusqu’au graffiti en forme de jeu de mots laissé par un déserteur : « Ape-pocalypse Now ».

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Le réalisateur Matt Reeves ne s’arrête pas là et convoque de nombreuses images chères aux cinéphiles. La chevauchée de César et ses compagnons dans les montagnes, fusil à la main, rappelle nombre de westerns, en premier lieu Pale Rider et Django Unchained ; la base encastrée dans la montagne est en tout point semblable au fort du Gouffre de Helm dans Le Seigneur des Anneaux. Dans le même registre, les attitudes et la voix de « Mauvais Singe » font penser à Gollum (interprété par… Andy Serkis). Quant à l’affrontement final inéluctable, Règlements de comptes à O.K. Corral n’est pas loin.

Veni, vedi, vici

Bien sûr, tout n’est pas parfait dans Suprématie. La bêtise des hommes est parfois caricaturale, l’évasion de la prison assez improbable et on pourra regretter le dénouement presque biblique, visiblement brodé à la hâte pour faire en sorte que la trilogie se conclut quasiment là où commence le roman de Pierre Boulle, ouvrant ainsi la voie à un nouveau cycle. Mais à ce niveau là, c’est du détail.

Au final, on retiendra surtout de du triptyque Origines – Affrontement – Suprématie, sa capacité à réinventer la mythologie bien connue de la saga simiesque. Comme Star Wars, Le Signeur des Anneaux ou Avatar avant elle, la trilogie La Planète des Singes aura aussi repoussé les limites de ce qu’il est possible de faire avec les effets spéciaux. Ce n’est peut-être pas au vieux singe qu’on apprend à faire la grimace, mais le nouveau en avait de sacrément belles en réserve.

La Planète des Singes : Suprématie de Matt Reeves (2h20). Avec Andy Serkis, Woody Harrelson, Karin Konoval, Steve Zahn, Amiah Miller…

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